Dissertation à usage de compréhension d'un
happening du peintre NATO
Télé
Bocal – Paris le 7 juin 2009
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Sur
la scène des draps recouvrent des formes qui nous sont pour
l'instant cachées. Ces draps figurant la toile blanche dont l’œuvre
émergera mais qui pour l’instant n'appartient qu'à l'artiste qui
se chargera d'en faire sortir la substance, la vitalité.
Comme
dans un lit nuptial, les draps sont blancs, l’œuvre est encore
vierge. Le peintre NATO fera accoucher la peinture de ces toiles.
Les
draps, la toile vibrent imperceptiblement montrant ainsi la vie qui
veut s'en échapper, qui veut en surgir. On y distingue de vagues
formes mais tout reste à faire, à faire éclore.
Le
peintre NATO apparaît alors accompagné d'une voix déclamant « la
Vie », « donne-moi la main »; par le geste du
créateur, par ses mains, le peintre NATO donne la vie à cette
œuvre, donne cette œuvre à la vie, la fait apparaître au jour, la
découvre, (nous) la fait découvrir.
Un modèle, ses formes, son galbe, son anatomie se dévoile. Une
guitare, un piano aussi. le peintre NATO chante ce poème en
accompagnant son modèle.
Tous
les modèles surgissent peu à peu se reflétant aux instruments, se
renvoyant les uns aux autres, créant ainsi un espace, investissant
un espace, la toile se dessine.
Comme un avertissement, les modèles brandissent une pancarte « attention
à la peinture »: il faut prêter attention à cette peinture,
car il s'agit bien là d'une peinture qui est en train de se créer,
et dès lors, il faut faire attention, y faire attention.
Le
peintre NATO évoque ces formes, ces silhouettes qu'il a dans la tête
et qui sont désormais là, présentes, présentées. (Piano, chant.)
Le peintre jette des notes sur le piano, comme on jette des couleurs sur
une toile, le pianiste apparaît. Il y met tout son corps, sa masse,
sa matière, de ses mains jusqu'aux fesses.
Le piano n'est pas là
pour faire entendre sa petite musique de piano mais celle du
pianiste, et le piano existe alors en tant que piano parce que le
pianiste existe en tant que joueur de piano. L’idée de l'objet et
du personnage se forme en même temps que leur représentation, à la
fois abstraite (le pianiste ne joue pas académique) et concrète
(ils sont là, présents). Et ces notes investissent alors l'espace
aussi bien que la matière; elles existent car elles font partie de
la peinture du piano (et du pianiste). Il s'agît donc là de la
musique d'un peintre et non pas d'un musicien, un peintre qui peint
un musicien et son instrument.
Le
peintre NATO déplace ses modèles, les fait bouger, réorganise pour
faire évoluer sa peinture, pour chercher les bons agencements, pour
continuer la vie.
Ici,
dans le prolongement du corps du pianiste, dans le reflet de
l'artiste sur le piano, se glisse une référence à l'origine du
monde souligné encore par cette pancarte « attention à la
peinture ». La toile est ainsi déflorée, a perdu sa
virginité, elle est désormais pleine, de modèles, de sons, de
mouvements, de moments, de Vie. C’est l'origine de la peinture, de
cette peinture en train de se faire.
Le
peintre se rapproche de l'origine du monde, le ramène à lui,
et l'embrasse; il plonge dans la peinture, dans sa peinture. Fait
surgir la matière et non plus seulement la forme; odeur aussi
« respire-moi », « j'olfacte ».
De cette peinture il revient à la sienne qu'il va modeler et remodeler
en faisant bouger sa matière, ses modèles. Il esquisse des
placements, des déplacements et se forment des croquis qu'il laisse
en l'état ou qu'il reprendra plus tard.
Interviennent
alors les violons d'où sortent des cris, et le piano, et le
mouvement et la bande sonore qui suit et guide l'action en état à
la fois présente et distante comme le créateur. Tout s'emmêle,
s'entremêle, s'enchevêtre, se mélange et se construit dans
l'hystérie, dans la vie, dans l'exultation.
Les papiers sont jetés.
Le
peintre soulève et déplace son modèle au violon pour le poser, le
disposer sur le piano devenant alors le socle de cette sculpture.
Tandis
qu'un autre modèle dans le fond (de la toile), assise, regarde. Elle
est à la fois voyeuse de cette matière nue, et exhibitionniste de
sa propre nudité dolente, assise dans un fauteuil à l'ombre d'un
parasol exhibant lui aussi l'obscénité de sa publicité.
Mais
il faut faire attention à la peinture et celui à qui est présenté
cette toile n'est pas un touriste en vacances. Ce n'est pas un
spectacle à consommer comme toutes ces feuilles jetées à terre,
grand gaspillage des oeuvres que l'on a l'habitude d'utiliser comme
des mouchoirs en papier.
Le
peintre NATO au piano déclame un poème en hommage à la femme, à
sa matière qui continue d'évoluer autour de lui et par lui,
tourbillon dont il est le centre, le centre de l'obscénité critique
ainsi mise en peinture, où les corps s'imposent en représentation,
où l'idée s'incarne en matière.
L’acte de mettre en chair un personnage de peinture s'apparente au rut,
l'acte de création comme un acte de procréation que l'on exhibe à
celui qui le découvre, et cela dans toute sa crudité, dans toute
l'extase et la ferveur qu'un tel acte peut impliquer.
L’artiste
en présentant son œuvre est nu, nu face à lui-même, nu face aux
autres car il dévoile ce qu'il a de plus profond en lui-même de
plus intime. Il s'expose, à la lumière, aux regards, au jugement, à
l'Histoire.
La voix de Callas intervient lorsque la vie intervient directement dans
l’œuvre par un baiser au modèle qui quitte fugacement son statut,
et relie imperceptiblement l'extérieur et l'intérieur de la toile.
La
chair du modèle se mélange avec celui du peintre, celui-ci est à
la fois en dehors de la toile lorsqu'il la pense et totalement dedans
lorsqu'il la peint, il l'investit, fait corps avec elle. C’est une
peinture charnelle.
Et
les panneaux ne cessent de nous rappeler que nous sommes ici en
présence d'une peinture.
Il
s'empare de sa peinture, il la porte, en lui et sur lui, la malaxe et
la fait travailler, fait interagir ces modèles pour voir ce qui en
résulte, comme un modèle, une matière réagit confrontée à une
autre matière, un autre modèle, ou même confronté à son propre
geste.
Tout
cela évolue et s'agence par l'ambiance et le rythme qu'il crée mais
aussi par le caractère même de ses modèles, comme un bleu n'aura
pas le même rendu juxtaposé à un rouge ou à un vert.
Le
cor de chasse sonne.
Ici
le modèle se voit donner une poupée qui la suit partout avec elle,
avec laquelle elle joue, la femme joue avec la poupée ou bien est-ce
la poupée qui joue avec la femme, comme le chemin d’une
psychanalyse, entre l’âge adulte et l’enfance ?
Envahit
par tout ce qui l’entoure, ce qui se meut par lui et par devers
lui, le peintre prend le cor de chasse pour sonner l'hallali et
rendre une fois de plus la peinture à l'état sauvage.
Petit à petit la nudité de ces corps, cette chair finit par être
transcendée pour n'être plus que la matière primitive picturale.
Des volumes et des formes qui créent l'image. Et celui qui suit
cette toile du regard finit par être happé par elle, lui aussi est
pris dedans et l'investit à son échelle par toutes sortes
d'émotions.
Et
l'opéra est invoqué pour sublimer ce ballet, cette chorégraphie
des corps et le désir (charnel) que le peintre a lui-même pour sa
matière.
Il
lui lèche le cul.
Les
modèles se succèdent sur le socle. Il joue du piano avec son
modèle.
Il
retourne alors vers le piano pour y peindre comme un rut musical avec
lui par des positions obscènes d'où jailliront des notes, des cris
(de coït) tandis que déclament en fond et au premier plan son
modèle, sa matière ces paroles suggestives « je vais te faire
hurler ». Tandis qu'un autre modèle lui tient la micro dans
lequel il continue de déclamer dans cette « calligraphie »
de bruits, d'onomatopées et de gestes.
Après
avoir une nouvelle fois manipulé ses modèles, le peintre se
retrouve face au piano, qui le convoque pour esquisser de nouvelles
sculptures de notes amenant la touche finale que constitue cet
ultime poème musical. Seul face à l'instrument, face à l’œuvre
qu'il vient de composer, il prend le recul au centre de la toile :
« dans cette affaire, dieu n'a rien à faire car aucun de ses
saints ne valent les tiens. »
Nouvel
hommage à la femme, sa matière, sa peinture qui le regarde à son
tour, lui rend hommage dans ce même poème, dans un moment très
intime, l'extase finale.
T’aimer
c'est exquis te l'ai-je déjà dit ?