Mise à jour : 26-fév-2026
Le Peintre Nato

Dissertation à usage de compréhension d'un happening du peintre NATO

Télé Bocal – Paris le 7 juin 2009

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Happening du peintre Nato

Sur la scène des draps recouvrent des formes qui nous sont pour l'instant cachées. Ces draps figurant la toile blanche dont l’œuvre émergera mais qui pour l’instant n'appartient qu'à l'artiste qui se chargera d'en faire sortir la substance, la vitalité.

Comme dans un lit nuptial, les draps sont blancs, l’œuvre est encore vierge. Le peintre NATO fera accoucher la peinture de ces toiles.
Les draps, la toile vibrent imperceptiblement montrant ainsi la vie qui veut s'en échapper, qui veut en surgir. On y distingue de vagues formes mais tout reste à faire, à faire éclore.

Le peintre NATO apparaît alors accompagné d'une voix déclamant « la Vie », « donne-moi la main »; par le geste du créateur, par ses mains, le peintre NATO donne la vie à cette œuvre, donne cette œuvre à la vie, la fait apparaître au jour, la découvre, (nous) la fait découvrir.
Un modèle, ses formes, son galbe, son anatomie se dévoile. Une guitare, un piano aussi. le peintre NATO chante ce poème en accompagnant son modèle.


Happening du peintre Nato

Tous les modèles surgissent peu à peu se reflétant aux instruments, se renvoyant les uns aux autres, créant ainsi un espace, investissant un espace, la toile se dessine.
Comme un avertissement, les modèles brandissent une pancarte « attention à la peinture »: il faut prêter attention à cette peinture, car il s'agit bien là d'une peinture qui est en train de se créer, et dès lors, il faut faire attention, y faire attention.

Happening du peintre Nato

Le peintre NATO évoque ces formes, ces silhouettes qu'il a dans la tête et qui sont désormais là, présentes, présentées. (Piano, chant.)
Le peintre jette des notes sur le piano, comme on jette des couleurs sur une toile, le pianiste apparaît. Il y met tout son corps, sa masse, sa matière, de ses mains jusqu'aux fesses.
Le piano n'est pas là pour faire entendre sa petite musique de piano mais celle du pianiste, et le piano existe alors en tant que piano parce que le pianiste existe en tant que joueur de piano. L’idée de l'objet et du personnage se forme en même temps que leur représentation, à la fois abstraite (le pianiste ne joue pas académique) et concrète (ils sont là, présents). Et ces notes investissent alors l'espace aussi bien que la matière; elles existent car elles font partie de la peinture du piano (et du pianiste). Il s'agît donc là de la musique d'un peintre et non pas d'un musicien, un peintre qui peint un musicien et son instrument.

Happening du peintre Nato

Le peintre NATO déplace ses modèles, les fait bouger, réorganise pour faire évoluer sa peinture, pour chercher les bons agencements, pour continuer la vie.
Ici, dans le prolongement du corps du pianiste, dans le reflet de l'artiste sur le piano, se glisse une référence à l'origine du monde souligné encore par cette pancarte « attention à la peinture ». La toile est ainsi déflorée, a perdu sa virginité, elle est désormais pleine, de modèles, de sons, de mouvements, de moments, de Vie. C’est l'origine de la peinture, de cette peinture en train de se faire.

Happening du peintre Nato

Le peintre se rapproche de l'origine du monde, le ramène à lui, et l'embrasse; il plonge dans la peinture, dans sa peinture. Fait surgir la matière et non plus seulement la forme; odeur aussi « respire-moi », « j'olfacte ».
De cette peinture il revient à la sienne qu'il va modeler et remodeler en faisant bouger sa matière, ses modèles. Il esquisse des placements, des déplacements et se forment des croquis qu'il laisse en l'état ou qu'il reprendra plus tard.

Interviennent alors les violons d'où sortent des cris, et le piano, et le mouvement et la bande sonore qui suit et guide l'action en état à la fois présente et distante comme le créateur. Tout s'emmêle, s'entremêle, s'enchevêtre, se mélange et se construit dans l'hystérie, dans la vie, dans l'exultation.
Les papiers sont jetés.
Le peintre soulève et déplace son modèle au violon pour le poser, le disposer sur le piano devenant alors le socle de cette sculpture.

Happening du peintre Nato

Tandis qu'un autre modèle dans le fond (de la toile), assise, regarde. Elle est à la fois voyeuse de cette matière nue, et exhibitionniste de sa propre nudité dolente, assise dans un fauteuil à l'ombre d'un parasol exhibant lui aussi l'obscénité de sa publicité.
Mais il faut faire attention à la peinture et celui à qui est présenté cette toile n'est pas un touriste en vacances. Ce n'est pas un spectacle à consommer comme toutes ces feuilles jetées à terre, grand gaspillage des oeuvres que l'on a l'habitude d'utiliser comme des mouchoirs en papier.

Le peintre NATO au piano déclame un poème en hommage à la femme, à sa matière qui continue d'évoluer autour de lui et par lui, tourbillon dont il est le centre, le centre de l'obscénité critique ainsi mise en peinture, où les corps s'imposent en représentation, où l'idée s'incarne en matière.
L’acte de mettre en chair un personnage de peinture s'apparente au rut, l'acte de création comme un acte de procréation que l'on exhibe à celui qui le découvre, et cela dans toute sa crudité, dans toute l'extase et la ferveur qu'un tel acte peut impliquer.

L’artiste en présentant son œuvre est nu, nu face à lui-même, nu face aux autres car il dévoile ce qu'il a de plus profond en lui-même de plus intime. Il s'expose, à la lumière, aux regards, au jugement, à l'Histoire.
La voix de Callas intervient lorsque la vie intervient directement dans l’œuvre par un baiser au modèle qui quitte fugacement son statut, et relie imperceptiblement l'extérieur et l'intérieur de la toile.

Happening du peintre Nato

La chair du modèle se mélange avec celui du peintre, celui-ci est à la fois en dehors de la toile lorsqu'il la pense et totalement dedans lorsqu'il la peint, il l'investit, fait corps avec elle. C’est une peinture charnelle.
Et les panneaux ne cessent de nous rappeler que nous sommes ici en présence d'une peinture.
Il s'empare de sa peinture, il la porte, en lui et sur lui, la malaxe et la fait travailler, fait interagir ces modèles pour voir ce qui en résulte, comme un modèle, une matière réagit confrontée à une autre matière, un autre modèle, ou même confronté à son propre geste.
Tout cela évolue et s'agence par l'ambiance et le rythme qu'il crée mais aussi par le caractère même de ses modèles, comme un bleu n'aura pas le même rendu juxtaposé à un rouge ou à un vert.
Le cor de chasse sonne.

Ici le modèle se voit donner une poupée qui la suit partout avec elle, avec laquelle elle joue, la femme joue avec la poupée ou bien est-ce la poupée qui joue avec la femme, comme le chemin d’une psychanalyse, entre l’âge adulte et l’enfance ?
Envahit par tout ce qui l’entoure, ce qui se meut par lui et par devers lui, le peintre prend le cor de chasse pour sonner l'hallali et rendre une fois de plus la peinture à l'état sauvage.
Petit à petit la nudité de ces corps, cette chair finit par être transcendée pour n'être plus que la matière primitive picturale. Des volumes et des formes qui créent l'image. Et celui qui suit cette toile du regard finit par être happé par elle, lui aussi est pris dedans et l'investit à son échelle par toutes sortes d'émotions.

Et l'opéra est invoqué pour sublimer ce ballet, cette chorégraphie des corps et le désir (charnel) que le peintre a lui-même pour sa matière.
Il lui lèche le cul.

Les modèles se succèdent sur le socle. Il joue du piano avec son modèle.
Il retourne alors vers le piano pour y peindre comme un rut musical avec lui par des positions obscènes d'où jailliront des notes, des cris (de coït) tandis que déclament en fond et au premier plan son modèle, sa matière ces paroles suggestives « je vais te faire hurler ». Tandis qu'un autre modèle lui tient la micro dans lequel il continue de déclamer dans cette « calligraphie » de bruits, d'onomatopées et de gestes.

Happening du peintre Nato

Après avoir une nouvelle fois manipulé ses modèles, le peintre se retrouve face au piano, qui le convoque pour esquisser de nouvelles sculptures de notes amenant la touche finale que constitue cet ultime poème musical. Seul face à l'instrument, face à l’œuvre qu'il vient de composer, il prend le recul au centre de la toile : « dans cette affaire, dieu n'a rien à faire car aucun de ses saints ne valent les tiens. »

Nouvel hommage à la femme, sa matière, sa peinture qui le regarde à son tour, lui rend hommage dans ce même poème, dans un moment très intime, l'extase finale.

T’aimer c'est exquis te l'ai-je déjà dit ?

Auteur compositeur : Le peintre NATO

Modèle : Colette – Lauranne – Léa violon

Myriam guitare et Basse – Corinne - Lysiane


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